Johann Zarca ou le mec qui squatte les marges.

Zarca je suis tombé dessus il y a quelques années, j’avais atterri je ne sais pas trop comment sur son blog : Le mec de l’underground. De la littérature vandale comme il dit, j’aime bien cette expression. J’avais lu quelques billets, ça m’avait bien plu. Et puis, j’ai oublié, j’ai mis de côté, jusqu’à la sortie de son bouquin : Le boss de Boulogne. Je l’ai acheté, je l’ai lu, ça m’a plu. Une fraicheur. Ça m’a plu surtout pour le côté ethnographique, la découverte d’un milieu exotique ! La lutte de placement dans le Bois de boubou entre les travailleur.euse.s du sexe, entre les travs, les pédés, les putes du Strass, les putes de l’Est, les putes cainfri, l’organisation, les codes, les rites, les négociations avec les nettoyeurs, le « jogging-pipe » des habitués du bois, etc. Il y a quelques temps j’ai assisté à une journée d’étude, Kevin Geay présentait son travail sur le bois de Boulogne et justement sur son organisation, sur les marges qui évoluent dans un univers bourgeois…, le texte de Zarca m’avait donné beaucoup de clefs de compréhension et faisait écho au travail de Kevin Geay. Et puis récemment, c’est Panam Underground, son dernier bouquin. Du lourd, du très lourd, même si j’ai quelques critiques à faire. Et puis, il a même remporté le Prix de Flore ce salaud ! Bravo !

Panam city break

On visite pas mal Panam, parce qu’il bouge beaucoup Zarca. Il se déplace tout le temps, il nous fait visiter quelques quartiers toujours à la quête de quelque chose, de drogue, de thunes, d’une meuf, d’un keum. Quand il n’a rien à faire, il dort, il ne marche pas. Le ton est haletant, vif et il s’accélère, à la manière d’un Fear and Loathing in Las Vegas de Thomson. Toujours plus loin dans le badtrip !

Ce qui m’a plu dans celui-ci, c’est le contexte dans lequel se situe l’histoire. Des nuits parisiennes, fracassé, à errer, j’en ai connu et j’en ai rencontré des gens comme ça. J’en ai rencontré sans vraiment les connaitre, sans vraiment côtoyer ce milieu. Mais, je savais que c’était là, on se nourrissait dans les mêmes gamelles et on était nourri par les mêmes.

Dans ses lignes, on y croise du crade, du sale, de la violence, de la haine, du dégoût, des raclures. C’est ça des raclures. Ça me rappelle cette insulte « raclure de bidet » que l’on se balançait dans la cour du collège. Lui, Zarca, il a raclé le bitume, le béton, il l’a raclé dans les coins les plus puants de Paris et a posé sur le papier les fruits pourries de sa récolte.

Ses textes sont immersifs à la manière d’un témoignage journalistique ou d’une ethnographie de Chicago. Il nous plonge dans les nuits parisiennes contemporaines, mais, pas n’importe quelles nuits, celles de la came, de la prostitution, du sexe hardcore, celles des toxs, des clodos, des chbebs, des trav’, des putes, des youvs, des scarlas,… Dans ses bouquins, on y croise des gens qu’on a pas l’habitude de rencontrer dans la littérature ou dans le cinéma. Zarca, à sa manière, rend hommage aux marges.

Quand on parle de ces milieux, on parle forcément de la merde qui l’entoure, de la merde qui l’alimente, les médias en parlent mal, en parlent en mal, jugent, stigmatisent, accablent. Chez Zarca, il y a une manière d’en parler. Une manière qui nous montre que dans chaque univers social, les riens pour certain.e.s sont beaucoup pour d’autres. Il rend hommage au milieu qui l’a accueilli. Il le glorifie parfois. Je crois qu’il aime ce milieu, malgré toute la merde qu’il concentre.

Finalement, un bouquin que je vous conseille. C’est du gonzo journalisme à l’ancienne et qu’il devrait assumer parce qu’on voit bien qu’il détonne un peu dans le milieu. Je pense qu’il devrait assumer le côté journalistique et abandonner l’idée du roman, de la fiction. Dans les deux bouquins que je décris, ce qui m’a déplu c’est cette histoire de meurtre qui nous tombe dessus comme un moustique en automne : ça fait chier. Pourquoi s’emmerder avec ça ? Alors que la description ethnographique de ces mondes sociaux se suffisent à eux-mêmes. Je peux comprendre toutefois que la fiction permet de brouiller les pistes, de se dédouaner, c’est vrai c’est l’avantage, mais le fond en prend un coup.

Dernière chose, j’ai regretté aussi à la lecture de ne pas voir d’autres milieux underground, ceux de la teuf, des squats keupons, de l’underground artistique, de l’underground anar. Avec le temps et les années qui passent, je me rends compte que ces milieux dégagent ou se font dégager de Panam et se développent plutôt en banlieue ou même ailleurs. Du coup, je m’interroge sur l’underground qui reste, comment peut-il se maintenir ? Quels sont les enjeux derrière ce maintien ? L’underground que Zarca décrit est-il un underground de droite, capitaliste, dans le sens où il ne remet pas en cause les fondements idéologiques de cette pensée, contrairement, aux milieux underground keupons, teufeurs, etc., qui s’opposent explicitement à cette idéologie et s’organisent pour lutter contre ? L’underground de Zarca serait-il structurellement autorisé et toléré, à la manière de la prostitution dans le bois de Boulogne ?

 

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